Je voulais continuer la série brésilienne avec cette perle psyché. Pedro Santos invente des percus, compose pour les autres et se livre à ses rites spirituels. Puis un jour de 1968, il sort son unique album. Une balade en pirogue sur l'Amazone. L'album mélange un peu tout: plusieurs rythmes do brasil y passent et sur lesquels on ose ajouter de multiples effets. A l'image du gorille qui orne la pochette (allez savoir ce qu'un
gorille fout dans la selva), ça peut partir en vrille et le petit tour en pirogue n'est pas toujours paisible mais toujours plaisant.
D'autres postes vont suivre dans les semaines à venir.
Je me souviendrai toujours de la première fois que j’ai entendu un morceau de Cartola à Carioca da Gema, le CBGB de la samba. Les groupes enchainaient les classiques de samba, tout le monde dansait et chantait en cœur. J’étais comme un fou, j’avais touché quelque chose d’indicible.
Cartola c’est un peu le papa de la samba.
Il nait en 1908 et grandit à Mangueira une des premières favelas de Rio. A 15 ans, son père le met à la porte et à 19 ans, il fonde la deuxième école de Carnaval de Rio, l’Estação Primeira de Mangueira, et compose la chanson qui leur permet de remporter en 1930 le premier titre de champion de l’histoire du Carnaval. Pendant 10 ans, il écrit pour les plus grands interprètes blancs du Brésil.
Si cette époque vous intéresse, je vous conseille de lire « Depuis que la samba est samba » de Paulo Lins qui nous plonge dans l’ambiance bohème du Rio des années 20, où se croisent poètes, musiciens, truands et prostituées.
Cartola disparaît ensuite de la vie artistique carioca. Sa femme meurt, il souffre d’une méningite et sombre dans l’alcool. Il devient laveur de voiture le jour et vigile la nuit.
L’histoire de Cartola aurait pu s’arrêter là, mais en 1956 un journaliste le reconnaît et le pousse à se réinsérer dans le monde de la musique. Dans les années 60 aidé par la reconnaissance des artistes de Bossa Nova, il ouvre le restaurant Zicartola avec sa nouvelle femme. Pendant deux ans, Zicartola deviendra un haut lieu de la vie artistique et de la résistance antimilitariste brésilienne.
Ce n’est qu’à 66 ans, en 1974 que Cartola enregistre son premier album.
C’est de son deuxième album qui sort deux ans plus tard dont je vais vous parler.
Comme le premier, ce disque est enregistré à contre courant de son époque. La production fine et discrète, laisse toute la place aux compositions. Toujours à la première personne, Cartola parle d’amour et des errements de sa vie.
Un disque n’a jamais aussi bien illustré l’expression saudade, ce sentiment mélant mélancolie, joie et tristesse comme l’attestent « As rosas não falam » ou encore « O Mundo é um Moinho », le magnifique titre qui ouvre l’album.
« Preciso me Encontrar » est certainement la plus connue et peut être la meilleure chanson. Curieusement, elle n’est pas à créditer à Cartola mais à Candeia. Vous l’avez peut être entendu dans film « la cité de Dieu » de Fernando Meirelles et Kátia Lund.
Ce disque est beau à en chialer dans sa caipirinha , le tout est ultra sincère…
Mais ne vous inquiétez pas, on y trouve aussi des morceaux plus enjoués comme « Nao posso viver Sem Ela » et « Aconteceu » qui sont devenus des classiques de nos mixs pour apéros ensoleillés!
Voici un album que je poste ici pour Seb mais aussi pour faire croquer les copaings au passage.
Je lui dois bien ça car il m’a fait découvrir il y a quelque temps un magnifique album qui ne me quitte plus depuis : "Toquinho e Vinicius" (1971) . C’est clairement pour moi un « instant classic », dès la première écoute on sent qu’on a affaire à un chef d’oeuvre (le voici en entier ici) :
Donc merci encore Seb, mais revenons à nos moutons. L’idée est de lui renvoyer l’ascenseur brésilien avec ce disque qui pour moi est un vrai bijou qui frôle la perfection. Là aussi dès la première écoute on sait qu’on a affaire du lourd. C’est pour moi un album qu’on met du début à la fin sans s’emmerder et à la fin on se dit « déjà ?!».
Ce qui frappe quand on lance le disque c’est la bonne humeur. On se prend direct une nuque de bonheur, on entend littéralement le sourire du chanteur et de la chanteuse, ils sont heureux et la joie est communicative. On a l’impression d’être à l’apéro à Bahia avec eux, ce qui est plutôt cool vu leurs gueules (et un sosie de Med de plus de trouvé, époque feria « on m’a volé mes lunettes »).
Le « bonheur » c’est d’ailleurs tout le concept de l’album : « Acabou Chorare » ça veut dire « Fini de chialer ».
Donc on est moins dans la « saudade » du Toquinho et Vinicius mais dans quelque chose de plus solaire et enjoué, même si toujours « MPB ».
C’est d’ailleurs étonnant quand on sait que leur mentor sur cet album n’est autre que le maitre de la nostalgie : Joao Gilberto en personne. (Il passait les voir en studio pendant l’enregistrement pour les conseiller.)
Le groupe casse donc les codes classiques en apportant un peu d’électricité et des influences rock psyché 70’s qu’on peut ressentir notamment sur « Tinindo Trincando » ou « Um Bilhete Pra Didi » ; mais aussi par la présence massive de 12 cordes tout le long de l’album (je crois que leur gratteux était super fier de son acquisition et a décidé de juter un max avec).
Perso ce n’est pas ce côté « Samba Hendrix » que je préfère sur l’album, mais plutôt la manière plus subtile qu’ils ont de jouer et faire sonner la bossa comme sur la magnifique « Preta Pretinha » (mon titre préféré). C’est simple, efficace et surtout sincère :
J’aime beaucoup aussi : « Brasil Pandeiro », « A Menina Dança » et « Besta é tu ».
Tout n’est pas super propre (à l’inverse du chirurgicale Joao Gilberto ) mais c’est dans ça que tout le charme de cet album réside. Les mecs s’amusent, on sent qu’ils maitrisent parfaitement leur art mais dans un joyeux bordel : les choeurs chantés à 10, les percus, les fins foutraques …
Bref c’est des hippies brésiliens qui font de la musique comme ils jouent au foot, avec romantisme. Y’a pas de numéro derrière le maillot, et comme souvent en amérique du sud, à la fin ça fait but.
C'est pas pour rien que leur troisième album s’appelle « Novos Bahaianos F.C »
Puisque j’en parle dans le post précédent, pourquoi pas dire deux mots à propos du Mauskovic dance band et de leurs deux premiers EP.
Avec les potes de Locarno ça faisait quelque temps qu’on voulait dépoussiérer la programmation et sortir du groupe garage lambda signé sur Howling Banana… En 2017, le Mauskovic Dance Band était en tour en Suisse pour présenter son premier EP. On a sauté sur l’occasion.
Le groupe hollandais arrive au bar, ultra chill, ultra jeune, expédient les balances en un rien de temps sans trop faire attention à nous… le genre de groupe têtes à claques.
Le concert commence et là, la claque c’est moi qui la prend…
De la meuf échouée au bar avant d’aller en dicothèque au fan invétéré de Pearl Jam, tout le monde danse.
C’est ultra frais, ça ressemble à rien, un beau pot pourri d’Afro Beat, Cumbia, Disco et pop psyché. Chanteur ultra à l’aise, bassiste parfait, batteur et percussionniste qui déroulent, le petit con à droite baise son clavier mieux que Brice dans ses heures de gloire.
Putain, les mecs me rendent jaloux et pour la première fois de ma vie que je me sens vieux con.
Un petit extrait du concert :
Suite à cette expérience un peu traumatisante, le Mauskovic Dance Band est revenu jouer chez nous une fois puis, plus rien. Trop chers, ils ont le succès qu’il méritent et on ne va pas s‘en plaindre !
Ah oui les disques... pour certains, le son "électronique" ne rend pas honneur à la performance scénique mais bon c'est peut-être là aussi une réaction de vieux con... ;)
Le premier 45 « Reapeting night » est sorti en 2017 sur le label suisse, Bongo Joe qui a aussi accueilli Altin Gun, Cyril Cyril et l’éclair.
Down in the basement est lui sorti sur le désormais fameux label Soundway Records. Au passage, si vous avez leurs nouveaux albums en mp3, je suis preneur. La bise.
Dans la même veine que les posts de Manu et Alex, je vous propose le premier disque d'un jeune groupe australien nommé Bananagun.
Là aussi, les influences pop 60’s sont multiples. Pour l’instant ils n’ont sorti que ce 45 tour, 3 chansons allant de Os Mutantes (Do Yeah) à Kevin Ayers (Crane in the tiger’s mouth) en passant par Syd Barrett période Pink Floyd (Top Cat). Ils n'ont rien inventé mais le tout est prometteur.
3 chansons, c’est pas beaucoup pour se faire une idée mais la sortie de leur premier album est prévue pour fin juin. Deux nouvelles chansons, "Out of Reach" et "People talk to much" (qui rappelle un peu le Mauskovic Dance Band) sont déjà disponibles. Affaire à suivre…
Kit Sebastian c’est un duo formé par un français et une turque qui se sont rencontrés en Angleterre.
Ils ont signé sur le label londonien Mr.Bongo, qui devrait en intéresser pas mal d’entre vous.
Le projet est assez ambitieux et mélange Psych, Pop 60’s, Jazz, Funk, des petits moments tropicoco, parfois un peu prog et souvent orientalisant.
Ça chante en Anglais et en Turc et on alterne entre monsieur et madame au micro. Et en plus ça fait un nouveau sosie de Pierre de trouvé (époque marinière et boots carrées "Bee Gees") :
À l’image de leur look d’étudiants en musicologie/cinéma qui cherchent à prouver, leur musique est parfois un peu trop poussive et intello. Avec par moment des suites d’accords complexes et des enchainements un poil compliqués (le côté un peu prog donc, qui peut agacer...).
Malgré tout on appréciera l'envie de bien faire et la prod qui est vraiment léchée, tout en analogique, la bass bien devant (comme Med en 2009). Il y a des farfisa, des 12 cordes, des belles parties cuivres, des fuzz … Mais aussi des instrus plus folkloriques: indien, turc, brésilien… Le son du piano sur les titres où il est en avant est vraiment beau : "Kuytu" et "With a sense of Grace".
Ce 1er album rafraichissant et retro en même temps est assez inclassable, on pourrait essayer de le ranger entre un Aquaserge (« Mantra Moderne » Single), un Khruanbing (« Senden Baska ») et le groupe turc que Med m’a fait découvrir Altin Gün (Merci Med, c’est vraiment cool).
Il y a aussi un côté pop/psych 60’s, un peu plus léger et ça fait du bien.
On pense parfois aux Strawberry Alarm Clock, pour le mélange bubble gum, encens et fuzz, notamment sur le morceau « Rain ».
Il y aussi du Floyd de Syd Barrett sur « Tyranny 20 », sorte de « Lucifer Sam » revisité.
Ça sent aussi un peu l’Inde et le brésil sur « Yanimda Kal ».
Pour résumer, Kit Sebastian, c’est un peu comme un resto dans lequel on servirait des plats du monde entier. On y va plus pour la richesse de la carte et pour voyager sans se fatiguer que pour se faire une vraie bonne bouffe.
On se dit par moment qu’ils feraient mieux d'offrir moins de saveurs et de se concentrer sur des ingrédients simple... Néanmoins, une chose est sûre : le chef est doué.
(Ouais je regarde Top Chef en ce moment).
Ce premier disque est un bel effort plein de belles intentions et attentions pour les mélomanes.
Kit Sebastian est un groupe à suivre, qui on leur souhaite, va se libérer et s’affirmer tout en prenant de la bouteille.